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La fille dans l’écran, de Manon Desveaux et Lou Lubie

fille écranLa fille dans l’écran est une BD au concept plutôt original, puisqu’elle est dessinée à quatre mains. Les autrices se sont partagé les personnages, dont les pages se lisent en miroir. Manon Desveaux se charge de Coline du côté gauche, tandis que Lou Lubie (l’autrice du très intéressant Goupil ou Face) se charge du personnage de Marley, du côté droit.

J’ai bien accroché au concept, et le découpage est vraiment intéressant et dynamique, puisqu’au fil des échanges et des rencontres des personnages, les personnages et les dessins se mêlent à la planche de l’autre. Les jeux de couleurs (pour Lou Lubie) et de noir et blanc (pour Manon Desveaux) sont aussi très efficaces, et participe à l’immersion immédiate dans l’histoire et dans le caractère des personnages.

Coline est une jeune femme de 20 ans, qui a peu confiance en elle. Elle a arrêté l’école pour cause de phobie scolaire et souffre de crises d’angoisse. Elle vit actuellement chez ses grands-parents, à la campagne, et espère pouvoir faire carrière dans le dessin, malgré le peu d’encouragement de ses parents. C’est d’ailleurs en faisant des recherches pour son projet d’album jeunesse, qu’elle va tomber sur des photographies de Marley, une française partie s’installer à Montréal. Passionnée de photographies, elle a peu à peu laissé sa passion de côté. Elle vit avec son copain et a un boulot alimentaire dans un café. Ses échanges avec Coline vont lui donner envie de reprendre la photo.

Alors, je ne vous le cache pas, même si j’aime beaucoup le concept, et que les dessins de Manon Desveaux m’ont particulièrement enchantée, j’ai trouvé l’histoire assez légère et déjà vue. C’est tout doux, très mignon, et ça montre très bien les dessous des débuts d’une relation virtuelle, et les inquiétudes que l’on peut avoir avant de se rencontrer pour de vrai. Mais je n’ai pas eu de surprises au niveau de l’histoire (notamment côté Marley, qui vit avec son copain, avec qui elle a trop de différends, j’ai trouvé ça assez classique et caricatural). Mis à part ça, j’ai passé un bon moment en lisant cette BD, et surtout ça finit bien ! Et gros bonus, on a deux personnages féminins qui s’embrassent sur la couverture, donc en terme de visibilité, je trouve ça top !

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Dans un rayon de soleil, de Tillie Walden

J01437_rayon de soleil_COUV_V2_quadri.inddDans un rayon de soleil est la deuxième BD de Tillie Walden publiée en France, après le déjà remarqué Spinning où elle racontait son enfance et son adolescence à pratiquer le patinage artistique à haut niveau, avec la découverte de son attirance pour les filles. J’avais déjà beaucoup aimé, et je me faisais donc une joie de découvrir sa nouvelle BD.

Mais honnêtement, quelle claque ! Dans un rayon de soleil est très différent de Spinning. Nous voici plongés dans un récit de science-fiction, où sans que l’on sache jamais pourquoi, la gente masculine n’est absolument pas présente. Outre des personnages féminins à foison (et par conséquent, des relations lesbiennes à tout va), on a également un des personnages principaux qui est non-binaire, et ça c’est chouette !

Le récit est hyper prenant dès les premières pages, et très bien construit. Mia se joint à l’équipe d’un vaisseau chargée de rénover des bâtiments anciens. A l’aide de flash backs, on suit en parallèle son année en 3ème, et sa première histoire d’amour.

Tillie Walden nous entraine dans un univers fantastique, et poétique où les vaisseaux ressemblent à des baleines. Les dessins et les couleurs sont superbes et donnent envie de s’attarder sur chaque page. Les personnages sont très attachants, et on a plaisir à les découvrir petit à petit. Les liens entre les membres de l’équipage sont forts, qu’ils soient amoureux, familiaux, ou amicaux. Chacun·e a sa place, quels que soient son histoire et son caractère.

Je ne suis pas spécialement amatrice de ce genre d’univers intergalactique, mais je pense que l’histoire plaira à tous, qu’on soit féru de science-fiction ou pas du tout, car elle nous emporte dans un univers inconnu plein d’aventures, mais aussi de relations amoureuses et amicales.

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Et niveau représentations, c’est tellement cool que je ne sais pas par où commencer ! Déjà, vu qu’on est dans un univers majoritairement féminin, il y a plein de personnages féminins forts, bien développés et intéressants. On a également des personnes racisées dont plusieurs personnages principaux, qui sont donc très développés et pas juste là pour faire coucou.

Niveau lesbianisme, c’est Byzance !  Alors, forcément, ici ça apparait comme normal, vu qu’il n’y a pas d’homme dans cet univers, mais qu’importe pour nous, on a des relations entre femmes absolument partout, et notamment deux qui sont centrales à l’histoire.

Autre représentation trop géniale de la mort qui tue (rien que ça), on a un des personnages principaux non-binaire. Iel ne parle pas mais est très bien intégré·e à l’équipage, et a une place à part entière. Sa non-binarité et ses pronoms sont introduits tout de suite dans l’histoire, comme quelque chose d’entièrement naturel. Et j’ai notamment beaucoup aimé une scène où l’équipage doit s’adapter à une nouvelle supérieure, et défend Elliott car cette personne s’obstine à dire elle au lieu de iel, en plus de vouloir faire parler Elliott à tout prix, ce qui évidemment ne marche pas. Il y a plusieurs dialogues que j’ai trouvé à la fois très simples mais aussi très forts, et ça m’a beaucoup ému de pouvoir lire cela dans une BD dont ce n’est pas du tout le sujet.soleil vo.jpgPetit bémol de traduction cependant, voir iel entre guillemets pendant toute l’histoire m’a un peu gêné, et quelques points (de traduction ou du texte, pour certains je ne sais pas) m’ont fait un peu tiquer. Cela reste globalement très bien, mais j’ai trouvé ça dommage car ça m’a fait sortir du récit, et me rendre compte que la non-binarité était encore loin d’être évidente.

Dernier gros point positif : l’histoire finit bien !!! Et oui, c’est pas le tout d’avoir plein de personnages cools, et de la bonne représentation, c’est aussi agréable de pouvoir se plonger avec délice dans une histoire qui nous parle, où l’on se reconnait et où personne ne meurt à la fin.

Ça raconte Sarah, de Pauline Delabroy-Allard

CVT_a-raconte-Sarah_7169On m’a présenté Ça raconte Sarah comme le roman lesbien de la rentrée littéraire. Bon, effectivement, comme il n’y en pas cinquante, ça a attiré ma curiosité.

D’autant plus qu’il figurait dans la première sélection du Prix Goncourt, et que globalement, les lecteurs avaient l’air de s’enthousiasmer. Plus récemment, le livre a d’ailleurs obtenu le prix du roman des étudiants France Culture-Télérama 2018.

En parallèle, cela dit, je commençais aussi à entendre quelques réserves à droite à gauche (en tout cas, du côté lesbien des lectrices), sur ce livre parlant de la passion amoureuse entre deux femmes.

Pourquoi je vous raconte tout ça ? Parce que je n’ai pas du tout aimé, et que si vous avez envie de vous plonger dans ce roman aux éditions de Minuit, j’ai envie de vous dire, allez-y. Faites-vous votre propre avis. Mais peut-être en évitant de lire ma critique avant, qui risque de vous spoiler un peu.

Je dois dire que dès les premières pages, j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans l’histoire. Alors sans doute, comme souvent, il y a un temps pour tout, et clairement, je ne suis pas dans une période où ce type de livres m’appelle. Donc j’ai péniblement tenté de m’y mettre, à plusieurs reprises, avant de le laisser de côté pour quelques temps.

Voyant tout de même l’effet qu’il pouvait provoquer, ou non d’ailleurs, en tout cas il ne laissait pas indifférent, j’ai recommencé ma lecture à zéro, à un moment plus propice.

Et bien je n’ai pas plus accroché. En fait, ça m’a agacé de lire ce type de représentation de l’amour entre femmes. Alors, évidemment, ce serait noyé dans une rentrée littéraire remplie de personnages lgbt+, je serai probablement moins exigeante, mais ce n’est pas le cas.

Le roman est divisé en deux parties. La première raconte cette rencontre amoureuse, la passion des débuts, qui finalement, petit à petit, dévaste tout. On assiste à une relation toxique, pour l’une, comme pour l’autre.

La deuxième partie, beaucoup plus sombre, nous entraîne dans la folie, et la noirceur la plus totale.

Récapitulons, un amour entre femmes, une passion dévorante qui mène à la folie ? Personnellement, ça me rappelle trop de représentations vues et revues, où la lesbienne est folle, toxique, meurtrière, suicidaire ou les quatre. (ici on ne remplit pas tous les critères, ouf)

Donc, non, clairement, je n’ai pas aimé. Je ne dis pas que tous les romans lesbiens doivent proposer du bonheur jusqu’à l’écœurement, mais j’en ai marre de voir ces représentations personnellement.

Quand on parle de Lou, de Julie Gouazé

CVT_Quand-on-parle-de-Lou_9286Lou et Marc (écrivain à succès) se séparent, enfin plus exactement, Lou quitte Marc, alors que l’amour semble s’en être allé entre les deux depuis un moment déjà. Après des années à vivre dans le sillon de Marc, elle étouffe. Elle prend donc leurs deux enfants sous le bras, et part vivre sa propre vie. Au passage, elle rencontre Lucie, et découvre l’amour avec une femme.

Les phrases sont courtes, voire très courtes, et je ne vous le cache pas plus longtemps, je n’y ai pas adhéré. La première partie du roman se concentre sur la toute fin du couple, puis la séparation. Lou y perd beaucoup d’amis et de connaissances, Marc étant une personnalité, et on sent bien combien elle était juste la « compagne de ». Personnellement, cette partie m’a profondément ennuyée. Il ne se passe pas grand-chose, et je me suis demandé si ce n’était pas (en partie du moins) autobiographique. En prospectant un peu, j’ai vu que Julie Gouazé était (est toujours du coup ?) la compagne de Michel Field et qu’ils avaient eu deux enfants ensemble. Bon, peu m’importe si c’est inspiré de sa vie ou non, mais toujours est-il que j’ai eu beaucoup de mal à m’attacher et à m’accrocher au personnage. Sachant qu’une intrigue avec une femme allait arriver, j’avais encore espoir…

Mais franchement, la suite m’a fait pousser des soupirs agacés à chaque page. L’autrice semble tout juste découvrir l’homophobie et avoir envie de le dénoncer dans ce livre. Sur le papier, c’est une intention louable, mais j’ai trouvé ça franchement gros et parfois ridicule. Alors, certes, Lou se pose des questions ou se trouve dans des situations dans lesquelles je me retrouve en tant que personne lgbt. Mais ! Là, on est face à une accumulation dans un livre d’une petite centaine de pages. C’est Lou au pays des gros cons quand même.

Et puis c’est caricatural, j’ai l’impression de lire le témoignage d’une ado, pas d’une mère de deux enfants. Sa vision de l’homosexualité féminine m’a plus d’une fois fait hausser un sourcil. De même que la négation totale de la bisexualité, ça n’existe pas ici. Elle a vécu avec des hommes, là elle vit avec une femme, mais le terme n’est jamais posé ou ne serait-ce qu’évoqué.

Ce livre est quand même un beau ramassis de clichés sur les femmes, sur les lesbiennes, un condensé de toute l’homophobie à laquelle on peut être confrontée (je ne dis pas que ça n’existe pas, juste que là j’ai trouvé ça excessif à chaque page, j’ai reconnu certaines situations, mais vécues dans une vie, pas en quelques mois).

Vivre avec cette femme, c’est cohabiter avec une copine qui danse dans le salon sur un tube des années 2000. C’est retrouver les mêmes gestes que soi. Un parfum que l’on reconnaît. L’odeur de Lucie n’est pas celle d’un homme. Elle est plus douce et plus délicate.

C’est se comprendre sur des choses qui ne se disent même pas.

C’est vivre avec soi-même dans un corps différent.

C’est dormir avec son double et ne pas s’en soucier. C’est aussi éviter l’expérience de l’altérité. Lou a oublié comment jouissait l’autre partie de l’humanité. Saurait-elle encore parler le langage des hommes ?

Lou fait aussi l’expérience de la jalousie d’une femme. Jusque-là, elle ne s’était jamais posé la question. Lou a dû faire la liste de toutes ses copines. Parce que dire « Je vais boire un coup avec une amie » peut prendre un autre sens dans un couple de filles.

 Il s’agit aussi de rassurer les amies en expliquant que Lou ne va pas leur sauter dessus ou les coller contre le mur. Lou peut encore dormir avec sa meilleure amie sans que ce soit un problème. Ni pour la meilleure amie ni pour son mari.

Vous en voulez encore ?

Lou s’agace de ne plus pouvoir faire durer ses règles pendant dix jours. Chez les lesbiennes, il vaut mieux trouver des excuses valables pour ne pas se retrouver au lit.

Vivre avec Lucie, c’est aussi la fin des réconciliations sur l’oreiller. Parce que, chez les filles, on parle d’abord et on fait l’amour éventuellement après. Si et seulement si tous les problèmes ont été réglés, jusqu’au moindre machin qui gêne. Et après, il est 3 heures du matin et c’est trop tard. Lucie et Lou attendront demain. Parce qu’elles s’endorment épuisées par tant de mots échangés, saoules de paroles, échouées en travers du lit en pantalon rayé.

Partager le toit de Lucie enfin, cela veut dire l’impossibilité de ronchonner. Lorsque Lou est de mauvaise humeur, elle ne sait pas forcément pourquoi et n’a pas forcément envie que Lucie vienne la titiller pour la faire parler. Lou ne veut pas s’expliquer, elle veut juste râler tranquille dans son coin.

Pareil, la gestion de la situation avec les enfants, j’ai trouvé ça gros hein. Et puis bonjour le modèle !

Les enfants, les chéris, les amours de Lou, vous allez entendre des choses pas très belles. Vous savez quoi ? C’est vrai que Lou a peur que vous ayez mal. Mais elle vous fait confiance. Et lorsque ce fameux jour arrivera, vous aurez le droit de vous servir de vos mots, de vos poings et de vos pieds. Revenez avec un œil tuméfié et la lèvre fendue. Mais défendez la liberté. Personne n’a le droit de porter un jugement sur ce qui constitue votre quotidien et votre bulle d’amour.

Alors d’accord, en cette période de recrudescence d’agressions lgbtophobes, j’ai parfois envie de tout péter, mais franchement, dire à ses enfants « Vas-y, bats-toi ! », c’est ça la solution ?!

Ce roman donne l’impression de vouloir dénoncer l’homophobie, mais le fait de manière totalement autocentrée, avec un personnage qui n’est pas du tout incarné. Rien n’existe ou n’est concret ici, je n’ai vu qu’une succession de clichés. Dénoncer l’homophobie c’est bien, commencer par considérer que les femmes ne sont pas toutes pareilles et que la bisexualité n’est pas une fable, c’est mieux.

The handsome girl & her beautiful boy, de B.T. Gottfred (livre en VO)

handsome girlDans la lignée de Symptoms of being human (et dans ma joie de voir enfin une représentation d’un personnage genderfluid), j’ai enchainé avec The handsome girl & her beautiful boy, avec l’impression que ce roman allait traiter des mêmes thématiques.

Et bien, pas vraiment en fait.

De quoi ça parle déjà ? Tout le monde pense que Zee est lesbienne (vêtements, préjugés, tout ça), alors qu’elle se meurt d’amour pour son meilleur ami, Cam, qui d’une part, ignore totalement ses sentiments à son égard, d’autre part, sort avec Abaigail.

Un jour, Abigail est contrainte d’amener son frère, Art lors d’une soirée avec Zee et Cam. Tout le monde pense qu’Art est gay. Sauf que non, et surtout, il tombe immédiatement sous le charme de Zee.

Bon, ça c’est le point de départ. Donc déjà, l’idée c’est de dénoncer les clichés, et ça franchement je dis oui, très bien ! Mais ensuite, j’ai trouvé le temps loooooong… Et j’ai en gros attendu un peu désespérément qu’il se passe quelque chose pendant bien une centaine de pages… Peut-être est-ce dû à l’alternance des chapitres (et donc des personnages), beaucoup trop courts à mon goût, ou au personnage de Art, trop « fabuleux » pour moi (enfin disons que pour moi c’est du déjà vu, et qu’en l’occurrence ici, j’ai eu du mal à m’attacher à lui).

Et la suite n’est pas forcément mieux. Pourtant ce livre aborde des thématiques vraiment intéressantes : le deuil, l’abandon, la parentalité mais aussi l’orientation sexuelle, et l’identité de genre. Plutôt pas mal ! Mais rien ne colle, le nombre de fois où je me suis dit « Mais qui sont ces gens ?! Qui réagit comme ça ? Où est la logique, la cohérence ? ». Et à chaque fois j’ai pensé « Ah oui, tiens sur l’idée ça pourrait être intéressant… ». Mais voilà, pour moi ce livre est fait de bonnes idées, mais qui ne collent pas, qui ne sont pas bien exploitées. L’idée d’avoir deux personnages qui ne rentrent pas dans les cases habituelles est plutôt chouette, l’idée de les mettre en couple, et de les sentir hésiter et sur leur genre et sur leur orientation sexuelle aussi (surtout qu’ils sont en pleine adolescence, âge de tous les possibles, d’explorations et de découvertes), mais c’est pas cohérent, et j’ai eu envie de foutre des baffes à tellement de personnages (et peut être à l’auteur aussi, surtout ?).

Niveau représentation, on retrouve des personnages gays et lesbiens. Et Zee et Art sont en pleine recherche d’eux même, mais au final, on ne voit pas trop où ça va et ce que ça apporte. Pour des adolescents eux mêmes en plein questionnements, est ce que ça peut aider ? Franchement, je n’en sais rien. A voir que les choses ne sont pas forcément figées ? Oui, peut être…