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Y le dernier homme et blabla

Yo les gens, I’m back ! Oui je sais, j’ai déjà disparu de ce blog beaucoup plus longtemps que ça mais bon, j’ai toujours espoir de me tenir un peu plus à jour, d’autant que potentiellement, j’ai toujours largement de quoi alimenter ce blog.

Bref, ces derniers mois ont eu lieu quelques changements dans ma vie, notamment d’un point de vue professionnel, me laissant plus de temps libre, ce qui n’est pas flagrant par ici.

Globalement, j’ai plein de lectures à rattraper, et je sais déjà que certaines pourront donner lieu à des articles, mais aussi des choses à relire, pour enfin venir en parler (parce que clairement, et pour n’en citer qu’une, ça manque de Virginie Despentes !).

Mais qui dit relecture, peut aussi dire changement de point de vue… Je l’avais déjà évoqué dans mon article sur Le bleu est une couleur chaude, c’est un peu LA bande dessinée qui m’a ouverte au neuvième art, mais honnêtement, même si j’y reste très attachée, je ne peux pas nier qu’elle a des défauts.

Par ailleurs, il y a des livres et des auteurs qui m’ont marquée à un moment de ma vie, et que je me sens incapable de lire ou relire aujourd’hui, Nina Bouraoui par exemple, est le premier nom qui me vient en tête. Et pourtant, j’ai été très profondément touchée par ses ouvrages, je les ai aimés passionnément. Est-ce qu’aujourd’hui j’ai envie de m’y replonger ? Ben clairement non, mais du coup, ça veut dire ne pas en parler ici, alors que c’est une autrice qui y a tout à fait sa place.

J’en profite pour rebondir là-dessus, et pour garder en tête que ce blog donne un avis à un instant t, et qu’il n’aurait pas été le même dix ans avant, et ne serait pas le même dix ans après. Parce qu’évidemment, je change, je suis en constante évolution et construction, et mes grilles de lecture évoluent.

Et tout ça pour en arriver où ?! Et bien à une récente relecture évidemment (que de blabla pour en arriver là, je sais, je sais).

Donc, comme dit plus haut, courant 2010, je m’ouvrais aux joies de la bande dessinée avec la lecture émouvante du Bleu est une couleur chaude. Suite à cela, quelqu’un de bien intentionné (à qui je dois aussi les lectures de L’assassin royal et la découverte de Laura Kasischke) m’a conseillé le comics Y le dernier homme. Que j’ai dévoré avec bonheur pendant l’été (les mois d’août peuvent être longs en librairie, mais je m’égare, encore). Et que j’ai ensuite partagé avec d’autres, aussi enthousiastes que moi à cette lecture. Quelques années plus tard, Urban comics s’étant décidé à les publier sous forme d’intégrales, j’ai craqué, et ai ajouté ces cinq gros volumes à ma bibliothèque déjà bien garnie. Me jurant bien évidemment de les relire rapidement (quelle naïveté !).

Ce qui nous amène quelques années plus tard, et à ma relecture. Déjà, Y le dernier homme, de quoi ça cause ? Au même moment, et ce dans tous les pays du monde, tous les mâles (enfin tous ceux qui possèdent un chromosome Y, mais j’y reviendrai), humains ou animaux meurent pour une raison que l’on ignore. Sauf, un certain Yorick Brown, ainsi que son singe, un capucin nommé Esperluette. Les femmes vont devoir s’organiser pour que le monde continue à tourner (la moitié de la population ayant disparu d’un coup, cela a créé quelques dégâts). Yorick, un jeune homme qui n’a rien d’un héros, souhaite retrouver sa petite amie, Beth, qui était en Australie au moment des faits. Mais il va vite (enfin plus ou moins, c’est un jeune homme assez égocentrique tout de même) comprendre que sa vie personnelle n’est plus la priorité. Accompagné de l’agent 355, membre du Culper Ring, et du Dr Mann, spécialiste du clonage, ils vont tenter de découvrir d’où vient le fléau qui a tué tous les hommes.

Au scénario de ce comics, on a un certain Brian K. Vaughan, qui a le vent en poupe depuis un petit moment maintenant, dont la série la plus connue est Saga. Donc oui, on a une bonne histoire, prenante, dont l’intrigue est plutôt bien ficelée, avec un côté aussi humoristique et de multiples références à la culture pop. Très franchement, on passe un bon moment. Mais, car évidemment il y a un mais, ma vision des choses a changé depuis ma première lecture, et je suis assez gênée par certains aspects.

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Bon déjà un premier point, et là je pense qu’il s’agit d’une erreur de traduction mais ça fait mal quand même, parler de transexuelles pour évoquer des trans ftm, ça n’a choqué personne ?! Et pour enchainer là-dessus, il n’est quasiment jamais question dans le comics de personnes trans, ou alors c’est vaguement évoqué, mais on n’en croise pas. L’évocation nous fait d’ailleurs comprendre que ces personnes ont été tués par des amazones, ne supportant plus la moindre représentation masculine. Enfin bref, en termes de représentation d’identités de genres, on peut le dire, Y le dernier homme est assez nulle (et transphobe), et c’est franchement dommage. On reste sur une représentation totalement binaire, en occultant donc les personnes trans, mais aussi les personnes intersexuées. C’est bien beau de dire que tous les animaux (humains ou non) avec un chromosome Y sont morts mais ça reste un peu simpliste. Bon, admettons, je veux bien que pour les besoins du scénario, ce soit plus pratique, mais c’est vraiment dommage. Je suis malgré tout consciente aussi qu’en quelques années, les questions d’identités de genre sont un peu plus traitées, et qu’à l’époque, c’était peut-être moins le cas.

Mais malgré tout, vu le sujet de base du comics, on pouvait s’attendre à quelque chose de fort niveau féminisme et représentation lesbienne ! Non ? Ben pas vraiment, c’est vrai, on a beau avoir une lesbienne dans les personnages principaux, ça n’amène pas grand-chose à l’histoire. De même que l’espèce de triangle amoureux entre nos trois héros n’est pas franchement crédible, voire limite ridicule parfois. Donc je me questionne, est ce que c’est lié au fait que le scénariste est un homme blanc cisgenre (hétéro ?), ça me parait assez probable. Après tout, dans ce comics, même si tous les personnages sont des femmes, le personnage principal reste malgré tout un homme (blanc cisgenre et hétéro, donc vous l’aurez compris) et tout tourne autour de sa petite personne.

Oh, j’oubliais aussi le côté homophobe du livre (en plus de faire coucher ensemble 355 et le Dr Mann pour une raison assez mystérieuse, à part titiller la curiosité du mâle hétéro) lorsqu’une des femmes refuse que son fils s’habille en « fille » pour ne pas devenir gay (ce qui est assez ironique, dans un monde entièrement féminin, mais reste cependant homophobe).

Bref, je ne sais plus que dire sur ce comics, c’est un bon divertissement, je ne peux pas le nier, mais le sujet de base pouvait amener plein de questions féministes, et ouvertes à des thématiques queer et ce n’est pas du tout le cas voire ça sent carrément mauvais par moments et c’est bien dommage.

 

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Adolescences lesbiennes, de l’invisibilité à la reconnaissance, de Christelle Lebreton

ado lesbiennesCe livre est à la base une thèse de doctorat, qui a été retravaillée afin d’être publiée et accessible à tout.e.s. Ce n’est pas forcément le genre d’ouvrage vers lequel je me serais tournée spontanément, même si le sujet m’intéresse et me concerne, mais je ne regrette pas de m’y être plongée.

L’étude sociologique s’est portée sur une vingtaine de jeunes femmes. L’échantillon est volontairement limité, afin d’avoir une plus grande cohérence des résultats. Elles sont donc issues du même milieu socioéconomique, ont grandi dans Montréal ou sa région, et sont majoritairement caucasiennes, une diversité ethnoculturelle introduisant forcément d’autres enjeux. Cela laisse en tout cas largement la place pour d’éventuelles autres études !

Le livre rappelle que même si l’homosexualité est plus reconnue ou légitime aujourd’hui (en tout cas au Québec), les lesbiennes sont visibles depuis moins longtemps que les gays, et cette visibilité reste marginale. Comment se construire alors sans modèles et sans identifications quand on est une jeune lesbienne ?

Ce que j’ai trouvé vraiment intéressant dans cet ouvrage, c’est qu’il est immédiatement rappelé que les lesbiennes sont victimes d’une double discrimination : en tant qu’homosexuelles mais également en tant que femmes. Et le livre différencie également les concepts d’homophobie et d’hétérosexisme.

« Le concept d’homophobie est en effet limité dans sa capacité à identifier les processus sociaux, culturels, structurels et institutionnels qui contraignent à l’hétérosexualité et qui en font un idéal auquel on doit se conformer. »

« L’hétérosexisme peut se définir comme l’ensemble des discours et des pratiques, individuels ou institutionnels, construisant une hiérarchie des sexualités qui situe l’hétérosexualité comme la norme la plus acceptable socialement, en comparaison de laquelle toutes les autres pratiques sexuelles et conjugales sont disqualifiées ou dévalorisées. […] La présomption hétérosexuelle joue constamment en défaveur des couples et parents de même sexe dont l’existence n’est souvent ni reconnue ni acceptée. »

L’hétérosexisme explique que la plupart des jeunes femmes interrogées ont vécu des relations hétérosexuelles, et ont eu un parcours assez long avant de se définir lesbienne, cette identité étant vue tour à tour comme inexistante ou déviante, anormale. Le livre ouvre des pistes de réflexions sur ces sujets, de manière simple et imagée, puisque les témoignages sont nombreux.

Écumes, d’Ingrid Chabbert et Carole Maurel

Couv_299621Je vous ai déjà parlé de Carole Maurel pour sa BD Luisa, ici et là. J’aime beaucoup son trait de crayon, et elle assure ici le dessin du scénario d’Ingrid Chabbert, inspirée de sa propre histoire.

Une femme essaie désespérément d’avoir un enfant avec sa compagne, et commence à ne plus y  croire. Le jour où elle tombe enfin enceinte, c’est la joie et le soulagement. Ce sera de courte durée. La grossesse se passe mal, et le bébé meurt. Le couple est dévasté.

Écumes parvient à nous raconter cette histoire en peu de mots, mais tout en force, en émotions, en subtilité. Le graphisme accompagne parfaitement l’histoire, passant de scènes oniriques à la réalité, jouant sur les couleurs, et le noir et blanc.

La douleur de ces femmes est palpable, et poignante, et leur retour à la vie n’en est que plus beau. Le noir et blanc à la mort du bébé va peu à peu se teinter de couleurs, et celle qui a perdu le bébé va retrouver goût à la vie grâce à l’écriture, et l’envie de partager ses histoires.

En bref, une très belle histoire magnifiquement mise en images, totalement universelle, sur la perte d’un enfant. Et j’ai apprécié qu’on nous montre un couple lambda sans s’attarder un seul instant sur le fait que ce soit deux femmes.

Celle dont j’ai toujours rêvé, De Meredith Russo

celle dontCelle dont j’ai toujours rêvé est un roman pour ados, qui reprend des éléments classiques : la jeune fille qui déménage et entre dans un nouveau lycée, les amitiés qui se forment, l’amour qui naît pour un garçon…

Sauf qu’Amanda, le personnage principal, est transgenre. Elle a déménagé chez son père après s’être faite agresser, et veut commencer une nouvelle vie où personne ne sait qui elle est. Par des flash-backs, on en apprend un peu plus sur son parcours, et sur tous les moments douloureux qu’elle a traversés.

Une vraie adolescence s’offre à elle, dans cette ville et ce lycée, où elle découvre les joies  de l’amitié, de l’amour, bref, de la vie, tout simplement, en se demandant tout de même régulièrement s’il faut ou non dire ce secret, et si tout ça n’est pas trop beau pour être vrai.

J’ai vraiment été emportée dans ce roman, j’ai aimé découvrir la vie d’Amanda, et la vie des personnages qui l’entourent. Ils sont dans l’ensemble plutôt bien travaillés, et j’ai trouvé beau tous ces adolescents qui se cherchent, n’ont pas toujours des vies faciles, et font comme ils peuvent pour avancer. A noter qu’on trouve également des personnages lesbiens, plutôt bien écrits aussi.

J’ai néanmoins quelques petits bémols, tout paraît presque trop «simple » : Amanda a un passing parfait, personne ne met en doute le fait que ce soit une fille un seul instant, et elle a pu se faire opérer sans problème et très jeune. En gros, elle a un parcours presque « facile » (j’en rajoute, évidemment, vues les épreuves qu’a traversées Amanda),  presque « idéal ».

Ceci mis à part, je ne trouve pas que les personnages soient trop clichés (Amanda est fan de science-fiction par exemple, et relève qu’il s’agit plutôt d’une passion habituellement réservée aux garçons), et le point très très positif, c’est la note de l’autrice en fin d’ouvrage, qui admet justement que ce n’est pas forcément (voire pas du tout!) un parcours type, et que c’est totalement romancé. Sa note est d’ailleurs partagée entre un message aux personnes cisgenres, et un autre aux personnes trans. Dans les deux, elle explique que les cases font du mal, et que toutes les identités ont le droit d’exister, et n’en sont pas moins valables que d’autres. Un beau message, et c’est ça qu’il faut retenir de ce joli roman.

Bien sûr, j’ai peur que vous n’ayez pas aimé ce roman, mais plus encore, j’ai peur que l’histoire d’Amanda devienne votre référence, d’autant qu’elle est écrite par une femme trans. Cette idée me terrifie ! Je suis une conteuse, pas une éducatrice. J’ai pris des libertés. J’ai romancé les situations afin de les intégrer à l’histoire. J’ai en quelque sorte suivi les stéréotypes et même contourné les règles afin que la transsexualité d’Amanda corresponde autant que possible aux idées normatives : elle est exclusivement attirée par les garçons, très féminine et a priori personne, en la croisant, ne se pose la question de son genre. Elle a aussi bénéficié d’une opération que les revenus de sa famille, en réalité, n’auraient pas pu couvrir. Mais je veux insister sur le fait que son identité et ce qu’elle traverse seraient les mêmes si elle s’en était rendue compte bien plus tard, si elle était garçon manqué, bisexuelle, homosexuelle ou asexuelle, si elle était moins féminine ou… si elle avait fait un choix différent concernant son opération.

 

Désorientale, de Négar Djavadi

Wet Eye GlassesDifficile de savoir par où commencer pour évoquer ce roman, si foisonnant.

Kimiâ, la narratrice, est dans la salle d’attente d’un hôpital en vue d’une procréation médicalement assistée. Le début d’une histoire qui pourrait somme toute être assez banale, sauf que Kimiâ est iranienne, exilée à Paris depuis l’enfance, et a une histoire familiale suffisamment riche pour en parler pendant des heures.

Désorientale est un premier roman, et il est d’une richesse et d’une densité incroyables. Kimiâ nous promène entre flash-backs sur ses grands-parents, son enfance, et cette salle d’attente de l’hôpital Cochin. Au début, tout semble un peu confus, il faut prendre ses marques, se perdre dans ce récit non linéaire et si riche à la manière d’un conte, et puis on se laisse porter par toute cette histoire familiale, par le récit d’un pays, l’Iran,  le déracinement et le choc des cultures.

Désorientale est un roman sur l’identité, qu’elle soit familiale avec cet arbre généalogique compliqué, politique avec l’engagement des parents de Kimiâ, culturelle (franco-iranienne, mais également européenne). L’identité y est aussi présente par l’orientation sexuelle, et je ne veux pas trop en dévoiler, mais c’est une question centrale dans ce livre, et importante par rapport à la culture iranienne, où il vaut mieux être transgenre et rester dans une binarité homme-femme, qu’homosexuel.

On y trouve différents personnages lgbt, et c’est intéressant de voir qu’une identité peut être connue de tous, mais qu’aucun mot ne doit être posé dessus.

Vous me direz : c’est cliché l’histoire de cette fille dont le père veut un fils, qui vire garçon manqué et finit lesbienne.

C’est vrai.

Mais c’est vrai quand on a accès aux livres, aux cinémathèques qui projettent Sylvia Scarlett ou Les Larmes amères de Petra Von Kant. Quand on a digéré mai 68 et la libération sexuelle, les mouvements féministes et Simone de Beauvoir. Quand on a écouté les Runaways, Bowie, Patti Smith, fumé et bu jusqu’à l’aube, dans des lieux sombres asphyxiés de musique binaire, pour éventuellement ne plus distinguer une bouche d’une bouche, une main d’une main, un homme d’une femme. Et encore, si cela était vraiment évident, certaines réalités auraient fini par devenir banales. Dans les parcs, les mères regarderaient leur fille aux cheveux courts qui réclame une voiture télécommandée à Noël et diraient : « Oh lala celle-là, on ne sait jamais, elle finira peut-être lesbienne ! » La voisine rirait ou s’attendrirait parce que les enfants sortent de nous, mais ne sont pas obligés de nous ressembler, pas vrai ?

Mais, vu de Téhéran, ce genre de cliché, même avalé de travers, n’existe pas. Le terme « garçon manqué » n’existe pas ; ni aucun autre terme, aucun autre mot, qui reconnaîtrait un tant soit peu cette différence. On est garçon ou fille et ça s’arrête là.

Un très beau roman qui mérite de s’y plonger totalement, où l’Histoire et le romanesque se croisent, tout en justesse et en émotions.