Archives pour la catégorie BD jeunesse

La ligue des super féministes, de Mirion Malle

ligue SFSouvenez-vous, Les règles… Quelle aventure ! était absolument génial (Commando culotte est vachement bien aussi, même si je n’en ai pas parlé par ici, donc allez lire tout ça si ce n’est pas encore fait), j’attendais donc avec une grande impatience La ligue des super féministes.

Et comme je le pensais , c’est vraiment très très bien ! Même au-delà de mes espérances. Franchement, un livre aussi inclusif, et qui ne prend pas les enfants pour des idiots, ça fait plaisir ! Je l’ai trouvé super complet. Je n’ai certes rien appris (je rappelle que c’est un livre à destination des enfants et des ados), mais je pense qu’il peut être utile et pédagogique, même pour les adultes, tout le monde n’étant  malheureusement pas ouvert et au point sur ces questions.

Mirion Malle commence par expliquer ce qu’est la représentation, et les conséquences que cela peut avoir de ne pas être représenté, ou mal. Par exemple, passé 8 ans, les filles ont de moins en moins confiance en elles, et dès 10 ans elles ont tendance à trouver leur ventre gros… Merci l’hyper sexualisation des petites filles et la mise en valeur des garçons uniquement.

Mais ce livre parle aussi d’écriture inclusive (qui est utilisée dans toute la BD d’ailleurs, et ça c’est chouette), de consentement, de l’homosexualité qui n’existe pas dans les œuvres à destination de la jeunesse, de genre (y sont expliqués des termes comme transidentité, intersexuation, cisgenre), et on y parle même d’un concept hyper important, l’intersectionnalité ! (J’ai définitivement perdu mon correcteur orthographique en deux lignes, ne serait-il pas temps de se mettre à jour ?)

Bref, plein de sujets importants, expliqués de façon très claire et pédagogique, mais pas bêbête pour un sou. Le tout de façon inclusive, avec des corps différents, des personnes racisées, de tous âges, valides ou non, de différentes tailles et différents poids, sans compter donc les questions LGBTQI. Que demander de plus ? Franchement je ne vois pas, et j’encourage tous les CDI à le glisser dans leurs rayons.

Publicités

Le prince et la couturière, de Jen Wang

princeLe prince et la couturière est une BD qui a eu beaucoup de bons échos, et j’espère que ça ne s’arrêtera pas là, puisqu’elle est en sélection jeunesse au festival d’Angoulême 2019.

J’avais envie de la lire depuis sa sortie, et en même temps, un chouia d’appréhension sur le traitement de la non binarité.

De quoi ça parle déjà ? Le prince Sébastien, tout juste seize ans, est à Paris pour l’été. Ses parents sont forts impatients de le voir se marier, tout en lui laissant le choix de sa future épouse. Le prince n’est pas pressé, et pas du tout dans ce genre de préoccupations et il a un secret : il aime porter des robes. Sa rencontre avec Francès, qui va devenir sa couturière personnelle, va lui permettre de porter ses magnifiques créations, et de devenir la coqueluche des nuits de Paris, Lady Crystallia. Mais bientôt, le prince va prendre peur que son secret soit dévoilé, et cacher sa couturière, brisant ainsi les espoirs de la jeune fille sur son avenir dans le monde de la mode…

le-prince-et-la-couturiere-case2

Les deux personnages sont des adolescents en pleines constructions, et découvertes d’eux-mêmes. Le prince Sébastien est tiraillé entre l’amour qu’il a pour ses parents, la volonté de bien faire, et la terrible peur de les décevoir s’ils découvrent son secret. Francès a un rêve depuis l’enfance, et est en passe d’y arriver, jusqu’au moment où le prince risque de briser son rêve. Leur relation est forte, et touchante, chacun prenant soin de l’autre, mais fragile à cause du secret du prince.

le-prince-et-la-couturiere-case1

Sebastien est clairement un personnage genderfluid, même si le terme n’est pas employé, et c’est très bien traité. Et c’est intéressant de voir que le prince n’a pas de problème avec son identité, mais uniquement avec la déception qu’il pourrait créer chez les autres, d’autant plus en étant un personnage public et important.

Et surtout, on pourrait craindre une fin compliquée ou en demi teintes, mais non, pas du tout ! Elle appelle complètement à la tolérance, à l’ouverture d’esprit. Elle est pleine d’amour et d’espoir et ça c’est franchement chouette !

 

Barricades, de Charlotte Bousquet et Jaypee

barricadesBarricades est un roman graphique, suite d’un premier tome se déroulant dans le même lycée, Secret pour secret. Je n’ai lu que Barricades, et ce n’est en rien gênant pour la lecture, les histoires étant indépendantes.

Nous suivons l’histoire de Sam, qui est arrivée dans un nouveau lycée deux mois auparavant. On comprend rapidement qu’il s’est passé des choses très graves dans le précédent. Sam est une fille trans, et aucun élève n’est au courant dans son nouvel établissement. Elle a vécu l’enfer avant, que ce soit à cause des profs ou des autres élèves. Ici, elle se protège donc comme elle peut, mais il est difficile de se priver de toute vie sociale, et la musique va la rapprocher d’autres élèves et l’amener à intégrer un groupe en tant que chanteuse.

Barricades retrace bien les méandres de l’adolescence. Ici il est question de transidentité, mais je trouve que le dessin rend bien compte de la difficulté de cette période, en général. La BD est très très courte, mais a au moins le mérite d’évoquer des sujets graves : l’automutilation, le harcèlement, la transphobie… Le tout de façon assez pédagogique. En effet, Barricades s’adresse aux adolescents, et disons qu’elle fait simple et court. Ce type d’histoire a déjà été vu je trouve, et reste assez classique. C’est néanmoins une bonne chose d’aborder des thématiques de genre dans une BD pour cette tranche d’âge (à part Justin, de Gauthier, je n’ai pas d’autres exemples en tête). Le fait de passer par des étapes extrêmement douloureuses mais de finir sur une note de solidarité, et d’amitié est positif, mais assez expéditif. On aurait pu espérer un peu plus de développement de ce côté là.

Ce livre n’est malheureusement pas totalement exempt de maladresses, notamment avec ce passage :

– Donc avant, tu étais… un garçon…

– Techniquement, je le suis encore un peu. Ça s’arrange de jour en jour mais il y a des restes…

Bon là y a rien qui va quoi ! Et puis encore une fois ça ramène les personnes trans à ce qu’elles ont entre les jambes, donc c’est dommage de lire un truc pareil dans un livre qui se veut pédagogique…

Comme un garçon, de Jenny

comme-un-garcon-1-delcourt

Comme un garçon est une BD jeunesse. Le dessin ne m’a pas franchement tapé dans l’œil, mais vu le sujet (une jeune fille qui se fait passer pour un garçon), j’ai voulu me faire ma propre idée.

Bon, dès le début (la quatrième case, ça aura été vraiment rapide), je me suis méfiée, on retrouve une petite fille, Charlotte, déguisée en princesse dans une chambre toute rose, et qui refuse de jouer aux billes avec le fils du nouveau compagnon de sa mère, Xavier.

Les deux vont devoir apprendre à cohabiter, et pour se faire, ils vont régulièrement faire des paris, souvent à l’initiative de Charlotte, qui perd pourtant systématiquement. Ça ne l’empêche pas de continuer. Le temps passe et Xavier se lasse de ces petits jeux. Espérant faire capituler Charlotte, il la défie de se faire passer pour un garçon pendant toute sa première année de fac. Après quelques tergiversations, elle finit par accepter (et vas-y la psychologie de comptoir « Mon père est parti parce que j’étais faible, blablabla, du coup je fais des paris stupides pour montrer que je suis forte »).

e9d8552fa9a8283b07429084f2bb1de6-_sx1280_ql80_ttd_Tout ça commence déjà assez mal, mais on peut enfin rentrer dans le vif du sujet. Charlotte commence donc la fac, où elle doit vivre dans une chambre étudiante avec un autre garçon (merci l’administration qui ne vérifie probablement pas ce genre de choses). Le travestissement se fait en deux temps trois mouvements, c’est-à-dire une perruque aux cheveux courts, la poitrine bandée, et des vêtements de garçon. Rien de plus, trop fastoche, et tout le monde s’y laisse prendre c’est beau ! Aucun questionnement sur l’identité homme/femme, ce serait trop en demander. Et allons-y dans les gros clichées, elle part pour cinq jours mais emmène des tonnes de valise, qui étonnement sont remplies de soutien gorges et de produits de beauté, très utiles quand on se fait passer pour un garçon.

Le scénario est totalement téléphoné et plein d’inepties : les douches sont collectives ce qui met bien évidemment Charlotte dans l’embarras, mais ça ne l’empêche pas d’accepter une partie de strip-poker avec d’autres étudiants. Elle doit se faire passer pour un garçon pendant toute une année, mais elle met une perruque au lieu de se couper les cheveux, alors que je le rappelle, elle dort dans la même chambre qu’un garçon (qui du coup découvre très vite son secret).

Aucun questionnement non plus sur l’orientation sexuelle, ça aurait pu pourtant, vu qu’une fille tombe follement amoureuse de Charlie/alias Charlotte.

Bref, je ne m’attendais pas à un chef d’œuvre, et je n’ai eu aucune bonne surprise en lisant cette BD pleine de clichés, dépourvue de psychologie et pas spécialement bien dessinée…

Lumberjanes

J’aurais pu titrer cet article : la BD que j’aurais rêvé de lire quand j’étais gamine ! Mais même à l’âge adulte, je me suis fait bien plaisir.

Lumberjanes_CoverLumberjanes a été créé par un collectif d’auteures : Noelle Stevenson, Grace Ellis, Brooke Allen, Maarta Laiho et Shannon Watters.  Je vous conseille par la même occasion Nimona de Noelle Stevenson, autre BD d’aventure avec un chouette personnage féminin.

Lumberjanes décrit l’été de cinq adolescentes dans un camp de vacances. Les Lumberjanes sont des sortes de scouts, ou jeannettes en l’occurrence. Elles doivent savoir vivre et se débrouiller au plus près de la nature, et gagnent des badges au fil de leurs activités et des compétences acquises.

Le livre s’ouvre avec Un message du grand conseil des Lumberjanes :

C’est au camp des Lumberjanes que nous avons découvert notre désir d’aider les jeunes filles à grandir pour devenir des femmes fières et fortes.

Que vous soyez petite ou grande, féminine ou garçon manqué, populaire ou solitaire, vous avez une place au sein du camp, peu importe à quel point vous vous sentez différente.

Cette entrée en matière me plait déjà beaucoup et annonce un beau programme. Et on sent vraiment que les auteures se sont fait plaisir, et ont su le partager. Car les aventures de nos jeunes héroïnes sont loin des vacances lambdas, elles croiseront de nombreuses créatures maléfiques et fantastiques qu’il faudra vaincre, dans une ambiance parfois très Indiana Jones.

lumberjanes_ready_to_fight

Ces adolescentes ont chacune un sacré caractère, du courage et leurs propres qualités. J’ai apprécié aussi la diversité des représentations, des filles plus ou moins garçons manqués, ou totalement « fille » avec le personnage d’April. Qui est d’ailleurs loin d’être en reste pour vivre des aventures, c’est par exemple elle qui vaincra une statue lors d’une épreuve de force, un bras de fer, alors qu’elle est la plus petite des cinq amies.

On a également des personnages de couleur, et de multiples références à des femmes importantes dans l’Histoire (précisant à chaque fois en astérisque qui elles sont).

tumblr_n65sut5yVg1st1i11o1_500D’un point de vue féministe, je trouve déjà ça super intéressant, mais on a en plus deux des filles qui sont clairement attirées l’une par l’autre : Mal et Molly. J’avoue que Mal avait fait vibrer mon gaydar avec ses chemises à carreaux et ses cheveux rasés sur les côtés. Mais je ne m’attendais pas forcément à ce que ce soit explicite, et si ! Les deux adolescentes sont très proches physiquement, très attentionnées l’une pour l’autre, rougissent en se regardant (notamment après une scène de bouche à bouche pour réanimer Mal). Bref, c’est très clair. Et pour couronner le tout, on a droit à quelques bonus à la fin de l’histoire, avec des couvertures alternatives, des croquis préparatoires, et également des fiches sur chaque personnage. Sur celle de Mal, on lit :

Après s’être fait couper les cheveux (rasés sur les côtés, avec des mèches frisées sur le dessus), elle a annoncé qu’elle était lesbienne à ses parents. Ils l’ont envoyée au camp en attendant d’en reparler. Mal se sent à l’aise dans ses chemises écossaises et ses jeans troués. Elle aime aussi dessiner. Sa peur des araignées n’a d’égal que son gigantesque béguin (mutuel) pour Molly.

Yeah, on a même droit au mot en L ! Leur relation est toute mignonne et désignée comme telle dans une BD d’aventures pour enfants/ados avec des personnages féminins qui envoient du pâté, que demander de plus ? Un tome 2 peut être. Ça tombe bien, il est prévu pour courant 2016 et c’est une bonne nouvelle.