Archives pour la catégorie BD jeunesse

Barricades, de Charlotte Bousquet et Jaypee

barricadesBarricades est un roman graphique, suite d’un premier tome se déroulant dans le même lycée, Secret pour secret. Je n’ai lu que Barricades, et ce n’est en rien gênant pour la lecture, les histoires étant indépendantes.

Nous suivons l’histoire de Sam, qui est arrivée dans un nouveau lycée deux mois auparavant. On comprend rapidement qu’il s’est passé des choses très graves dans le précédent. Sam est une fille trans, et aucun élève n’est au courant dans son nouvel établissement. Elle a vécu l’enfer avant, que ce soit à cause des profs ou des autres élèves. Ici, elle se protège donc comme elle peut, mais il est difficile de se priver de toute vie sociale, et la musique va la rapprocher d’autres élèves et l’amener à intégrer un groupe en tant que chanteuse.

Barricades retrace bien les méandres de l’adolescence. Ici il est question de transidentité, mais je trouve que le dessin rend bien compte de la difficulté de cette période, en général. La BD est très très courte, mais a au moins le mérite d’évoquer des sujets graves : l’automutilation, le harcèlement, la transphobie… Le tout de façon assez pédagogique. En effet, Barricades s’adresse aux adolescents, et disons qu’elle fait simple et court. Ce type d’histoire a déjà été vu je trouve, et reste assez classique. C’est néanmoins une bonne chose d’aborder des thématiques de genre dans une BD pour cette tranche d’âge (à part Justin, de Gauthier, je n’ai pas d’autres exemples en tête). Le fait de passer par des étapes extrêmement douloureuses mais de finir sur une note de solidarité, et d’amitié est positif, mais assez expéditif. On aurait pu espérer un peu plus de développement de ce côté là.

Ce livre n’est malheureusement pas totalement exempt de maladresses, notamment avec ce passage :

– Donc avant, tu étais… un garçon…

– Techniquement, je le suis encore un peu. Ça s’arrange de jour en jour mais il y a des restes…

Bon là y a rien qui va quoi ! Et puis encore une fois ça ramène les personnes trans à ce qu’elles ont entre les jambes, donc c’est dommage de lire un truc pareil dans un livre qui se veut pédagogique…

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Comme un garçon, de Jenny

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Comme un garçon est une BD jeunesse. Le dessin ne m’a pas franchement tapé dans l’œil, mais vu le sujet (une jeune fille qui se fait passer pour un garçon), j’ai voulu me faire ma propre idée.

Bon, dès le début (la quatrième case, ça aura été vraiment rapide), je me suis méfiée, on retrouve une petite fille, Charlotte, déguisée en princesse dans une chambre toute rose, et qui refuse de jouer aux billes avec le fils du nouveau compagnon de sa mère, Xavier.

Les deux vont devoir apprendre à cohabiter, et pour se faire, ils vont régulièrement faire des paris, souvent à l’initiative de Charlotte, qui perd pourtant systématiquement. Ça ne l’empêche pas de continuer. Le temps passe et Xavier se lasse de ces petits jeux. Espérant faire capituler Charlotte, il la défie de se faire passer pour un garçon pendant toute sa première année de fac. Après quelques tergiversations, elle finit par accepter (et vas-y la psychologie de comptoir « Mon père est parti parce que j’étais faible, blablabla, du coup je fais des paris stupides pour montrer que je suis forte »).

e9d8552fa9a8283b07429084f2bb1de6-_sx1280_ql80_ttd_Tout ça commence déjà assez mal, mais on peut enfin rentrer dans le vif du sujet. Charlotte commence donc la fac, où elle doit vivre dans une chambre étudiante avec un autre garçon (merci l’administration qui ne vérifie probablement pas ce genre de choses). Le travestissement se fait en deux temps trois mouvements, c’est-à-dire une perruque aux cheveux courts, la poitrine bandée, et des vêtements de garçon. Rien de plus, trop fastoche, et tout le monde s’y laisse prendre c’est beau ! Aucun questionnement sur l’identité homme/femme, ce serait trop en demander. Et allons-y dans les gros clichées, elle part pour cinq jours mais emmène des tonnes de valise, qui étonnement sont remplies de soutien gorges et de produits de beauté, très utiles quand on se fait passer pour un garçon.

Le scénario est totalement téléphoné et plein d’inepties : les douches sont collectives ce qui met bien évidemment Charlotte dans l’embarras, mais ça ne l’empêche pas d’accepter une partie de strip-poker avec d’autres étudiants. Elle doit se faire passer pour un garçon pendant toute une année, mais elle met une perruque au lieu de se couper les cheveux, alors que je le rappelle, elle dort dans la même chambre qu’un garçon (qui du coup découvre très vite son secret).

Aucun questionnement non plus sur l’orientation sexuelle, ça aurait pu pourtant, vu qu’une fille tombe follement amoureuse de Charlie/alias Charlotte.

Bref, je ne m’attendais pas à un chef d’œuvre, et je n’ai eu aucune bonne surprise en lisant cette BD pleine de clichés, dépourvue de psychologie et pas spécialement bien dessinée…

Lumberjanes

J’aurais pu titrer cet article : la BD que j’aurais rêvé de lire quand j’étais gamine ! Mais même à l’âge adulte, je me suis fait bien plaisir.

Lumberjanes_CoverLumberjanes a été créé par un collectif d’auteures : Noelle Stevenson, Grace Ellis, Brooke Allen, Maarta Laiho et Shannon Watters.  Je vous conseille par la même occasion Nimona de Noelle Stevenson, autre BD d’aventure avec un chouette personnage féminin.

Lumberjanes décrit l’été de cinq adolescentes dans un camp de vacances. Les Lumberjanes sont des sortes de scouts, ou jeannettes en l’occurrence. Elles doivent savoir vivre et se débrouiller au plus près de la nature, et gagnent des badges au fil de leurs activités et des compétences acquises.

Le livre s’ouvre avec Un message du grand conseil des Lumberjanes :

C’est au camp des Lumberjanes que nous avons découvert notre désir d’aider les jeunes filles à grandir pour devenir des femmes fières et fortes.

Que vous soyez petite ou grande, féminine ou garçon manqué, populaire ou solitaire, vous avez une place au sein du camp, peu importe à quel point vous vous sentez différente.

Cette entrée en matière me plait déjà beaucoup et annonce un beau programme. Et on sent vraiment que les auteures se sont fait plaisir, et ont su le partager. Car les aventures de nos jeunes héroïnes sont loin des vacances lambdas, elles croiseront de nombreuses créatures maléfiques et fantastiques qu’il faudra vaincre, dans une ambiance parfois très Indiana Jones.

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Ces adolescentes ont chacune un sacré caractère, du courage et leurs propres qualités. J’ai apprécié aussi la diversité des représentations, des filles plus ou moins garçons manqués, ou totalement « fille » avec le personnage d’April. Qui est d’ailleurs loin d’être en reste pour vivre des aventures, c’est par exemple elle qui vaincra une statue lors d’une épreuve de force, un bras de fer, alors qu’elle est la plus petite des cinq amies.

On a également des personnages de couleur, et de multiples références à des femmes importantes dans l’Histoire (précisant à chaque fois en astérisque qui elles sont).

tumblr_n65sut5yVg1st1i11o1_500D’un point de vue féministe, je trouve déjà ça super intéressant, mais on a en plus deux des filles qui sont clairement attirées l’une par l’autre : Mal et Molly. J’avoue que Mal avait fait vibrer mon gaydar avec ses chemises à carreaux et ses cheveux rasés sur les côtés. Mais je ne m’attendais pas forcément à ce que ce soit explicite, et si ! Les deux adolescentes sont très proches physiquement, très attentionnées l’une pour l’autre, rougissent en se regardant (notamment après une scène de bouche à bouche pour réanimer Mal). Bref, c’est très clair. Et pour couronner le tout, on a droit à quelques bonus à la fin de l’histoire, avec des couvertures alternatives, des croquis préparatoires, et également des fiches sur chaque personnage. Sur celle de Mal, on lit :

Après s’être fait couper les cheveux (rasés sur les côtés, avec des mèches frisées sur le dessus), elle a annoncé qu’elle était lesbienne à ses parents. Ils l’ont envoyée au camp en attendant d’en reparler. Mal se sent à l’aise dans ses chemises écossaises et ses jeans troués. Elle aime aussi dessiner. Sa peur des araignées n’a d’égal que son gigantesque béguin (mutuel) pour Molly.

Yeah, on a même droit au mot en L ! Leur relation est toute mignonne et désignée comme telle dans une BD d’aventures pour enfants/ados avec des personnages féminins qui envoient du pâté, que demander de plus ? Un tome 2 peut être. Ça tombe bien, il est prévu pour courant 2016 et c’est une bonne nouvelle.

Les carnets de Cerise, de Joris Chamblain et Aurélie Neyret

Les carnets de Cerise est une très chouette BD jeunesse. Déjà j’aime beaucoup le graphisme, qui change un peu de ce qu’on peut voir dans ce rayon. Et en général, c’est une série qui plait autant aux parents qu’aux enfants.

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Cerise est une petite fille qui vit seule avec sa mère. Elle écrit son journal (dont on retrouve régulièrement des pages qui nous font part de ses pensées), et rêve de devenir écrivain. Pour accéder à son rêve, quoi de mieux qu’enquêter sur les personnes qu’elle croise ?

Chaque tome nous fait donc découvrir des personnages et leurs histoires, que la curiosité et la ténacité de Cerise finissent toujours par démêler. C’est toujours bien réalisé, autant graphiquement que scénaristiquement, les personnages sont crédibles et touchants, et on a une véritable évolution au fil des tomes.

C’est le tome 4 qui nous intéresse ici (cinq sont prévus en tout). Cerise fête ses douze ans, et pour l’occasion, sa mère l’emmène une semaine en vacances dans un manoir où chaque participant doit résoudre une énigme. Parfait programme donc pour notre romancière en puissance.

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Mais les choses ne se passent pas exactement comme prévu, et Cerise finit par découvrir que l’énigme que sa mère et elle doivent élucider ne fait pas partie du jeu habituel.

Pour en dire plus, je suis obligée de spoiler donc à vous de voir si vous voulez allez plus loin.

Il faut savoir que Cerise est très amie avec une vieille dame de son village, Annabelle Desjardins, romancière, avec qui elle a beaucoup de choses à échanger. Il s’avère que c’est cette même personne qui a suggéré à la mère de Cerise de lui faire ce cadeau, et qui a fait les échanges d’énigmes, et ceci pour retrouver quelqu’un de son passé.

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Cette personne est une femme, et même si rien n’est jamais dit clairement, on comprend bien qu’elles ont été amantes (un prétendant d’Annabelle s’est rendu compte que son cœur était pris ailleurs, par cette fameuse Eva). Alors évidemment, c’est très clair pour un regard adulte, les deux femmes étaient très proches, et se retrouvent après toutes ces années (après un mariage raté et sans amour pour Eva), mais j’aurais aimé malgré tout que le mot amour soit mis sur ce couple. Je ne demande pas des grands discours ou un baiser passionné, mais juste une clarification. Que la banalisation aille jusqu’au bout, et que l’on puisse montrer aux enfants que l’amour est possible, pour tous les genres, et tous les âges d’ailleurs, ce n’est pas si souvent montré pour les personnes âgées.

Petit bémol pour moi donc sur ce point-là, mais je reste quand même ravie que ce sujet soit traité dans une série jeunesse qui a beaucoup de succès. J’attends juste qu’on puisse mettre des mots sans se poser de questions (volonté de pudeur ? peur de choquer les parents ? les grands parents ?), surtout que les enfants ne sont pas stupides…

Enfin je vous conseille cette BD de toute façon, j’ai été très émue par la relation entre Cerise et sa maman dans ce tome ci, et j’attends avec impatience de voir comment ça évolue dans le tome suivant.

Les nombrils, de Delaf et Dubuc

J’aime bien me laisser porter par mes envies dans les lectures, et j’avoue que Les nombrils n’est pas du tout le genre de BD vers laquelle je me serai spontanément orientée. Fort heureusement, on m’a soufflé l’idée d’aller quand même y regarder de plus près.

Les nombrils est une BD jeunesse, sur trois copines : Jenny, Vicky et Karine. Jenny est l’archétype de la bimbo sans cervelle, Vicky a la « difficile » place de deuxième plus jolie, et est tout aussi superficielle que son amie, et enfin, Karine est la très (trop) bonne copine, bonne poire, « moche » et sans style. Dans les trois, quatre premiers tomes, les deux premières font tout pour séduire le beau gosse du lycée (John John, jamais sans son casque, on finira par comprendre pourquoi), au détriment de Karine qui leur sert de faire valoir, et est toujours là pour faire leurs devoirs, ou les servir. Elles feront d’ailleurs tout pour l’empêcher de sortir avec Dan.
Bon autant l’avouer tout de suite, ces premiers tomes sont sympathiques, mais on tourne rapidement en rond. On a des planches d’une page avec des gags, et cette Karine se fait vraiment martyriser par ses soit disant amies, ça n’avance pas des masses.

Et puis finalement, un jour Karine s’émancipe (bon grâce à un mec à la base, certes), et prend sa vie en main. Elle change de look, et ne se laisse plus marcher sur les pieds. A partir de là, les personnages gagnent petit à petit en profondeur, et les histoires sont travaillées sur la durée. Karine tout d’abord, prend confiance en elle, et commence une vie en dehors de ses amies et du lycée. Jenny est un personnage vraiment comique, parce que vraiment très très cruche (j’assume les ricanements que j’ai pu avoir au moment de la lecture, même si j’ai passé l’âge du public visé). Elle n’envisage pas de sortir avec autre chose qu’un canon de beauté, mais tombe petit à petit amoureuse d’un petit gros, qui n’est qu’attentions pour elle, et l’aime au-delà de son apparence physique.

Et enfin, Vicky, le personnage qui nous intéresse ici. Toujours en deuxième position après Jenny, cherchant à séduire les mêmes beaux garçons, Karine lui fait un jour remarquer qu’elle n’est jamais tombée amoureuse et que tout changera pour elle quand ce sera le cas.

Et là paf, elle a des nouveaux voisins, qui ont un fils qui serait le gendre idéal, et une fille rebelle et tatouée… Et petit à petit, les deux jeunes filles vont se rapprocher, et Mégane la voisine, ira même jusqu’à embrasser Vicky. Celle-ci la rejette, et va même sortir avec son frère pour se prouver qu’elle est « normale ». Tout en rougissant et bafouillant dès qu’elle voit ou pense à Mégane.

Mégane finira par faire son coming out devant ses parents, après avoir été surprise en train d’embrasser Vicky. Cette dernière n’est pas encore prête à assumer et à vivre ses sentiments, même si elle a avoué à Mégane qu’elle pensait tout le temps à elle. Il faut dire que ses parents lui ont clairement fait comprendre qu’avoir une fille lesbienne était tout sauf envisageable.

J’attends donc le tome 8 avec impatience, cette histoire méritant amplement d’être développée. J’ai trouvé toute l’histoire vraiment bien traitée, de la découverte des sentiments au rejet des parents. Et j’aime beaucoup aussi que l’homosexualité soit abordée dans une BD très grand public, dont ce n’est pas du tout le sujet de base (je découvre à l’instant que les auteurs sont québécois, et bizarrement, je suis moins surprise de voir ce sujet abordé que s’ils avaient été français).